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06/02/2017 A l'honneur

Fabien Leydier, ingénieur benchmark chez Atos-Bull

Fabien Leydier, docteur UPMC en chimie physique et chimie analytique a rejoint ATOS-Bull, il y a plus d’un an. Il sera là sur le Forum Doctorants-entreprises. En avant-première, il nous livre les secrets de sa reconversion et nous donne quelques conseils pour la recherche d’emploi.

Fabien Leydier, pouvez-vous nous relater votre parcours ?

J’ai soutenu ma thèse fin septembre 2012. Mon sujet consistait en l’étude d’un catalyseur, la silice-alumine, par modélisation moléculaire. Ce catalyseur est employé dans de nombreux domaines, et notamment dans le raffinage pétrolier, afin par exemple de transformer des produits lourds en molécules intégrables au pool diesel. Sa description et son fonctionnement, à l’échelle atomique, consistent en une approche inédite, qui apporte un éclairage nouveau à la littérature. Dominique Costa a été ma directrice de thèse et mes encadrants à IFP Energies Nouvelles Lyon ont été Céline Chizallet et Pascal Raybaud. C’était une thèse financée par une convention CIFRE.

Après ma soutenance, j’ai travaillé pendant 3 ans à l’IDRIS à Orsay. L’IDRIS est le centre national de calcul haute performance du CNRS. Fin 2015, j’ai rejoint le groupe ATOS-Bull, un constructeur français de supercalculateurs. J’ai d’abord exercé sur un poste de support HPC logiciel (High Performance Computing) à Bruyères-le-Châtel pendant 6 mois et je suis actuellement sur un poste d’ingénieur benchmark HPC à Echirolles (près de Grenoble).

En quoi consiste votre travail au quotidien ?

Mon travail consiste à répondre techniquement aux appels d'offre de supercalculateurs parmi les plus puissants au monde, en France et à l'étranger. Au quotidien, je dois porter et optimiser des codes clients sur l’environnement des supercalculateurs que nous proposons, afin dans un premier temps d’en étudier les spécificités, puis d’en prédire les performances sur des architectures futures.

Comment se sont déroulées vos recherches de poste ?

Six mois avant la fin de ma thèse, j’ai répondu à une offre de CDD à l’IDRIS, pour un poste d’ingénieur support à la communauté de chimistes utilisant les supercalculateurs. J’ai reçu cette offre directement par mail, dans une lettre aux utilisateurs des moyens de calcul nationaux du CNRS, que j’utilisais pour mon travail de thèse. Après les entretiens, nous avons convenu d’attendre que je soutienne avant de commencer mon nouvel emploi, que j’ai occupé pendant 3 ans. Par la suite, n'étant qu'en CDD et devant la difficulté d'ouverture rapide d’un poste me correspondant, j’ai passé des concours et des entretiens dans des équipes de recherche et auprès des constructeurs de supercalculateurs. En réponse à une offre publiée par l’entreprise, durant l’été 2015, ma candidature a été retenue dans le groupe ATOS-Bull. J’ai signé mon CDI en octobre 2015. J'ai intégré tout d'abord l'équipe de support HPC software, avant d'être muté dans l'équipe de benchmark HPC.

Selon vous, quels sont les éléments majeurs qui ont favorisé vos recrutements ?

Pendant ma thèse, j’ai reçu une formation à la recherche d’emploi et aux entretiens, organisée par IFPEN pour ses doctorants, et dispensée par un cabinet de recrutement. Je suis convaincu que cette formation a joué un très grand rôle pour le succès de ma candidature pour le poste à l’IDRIS ou pour le suivant.

Pour mon embauche à l’IDRIS, le réseau a clairement participé : mes encadrants, eux aussi utilisateurs des supercalculateurs nationaux, ont contacté l’IDRIS pour demander des précisions sur le profil recherché (sans m’avoir mis au courant tout de suite de la démarche !), puis ont été contactés après les entretiens et m’ont recommandé. Pour le poste chez ATOS-Bull, je pense que la reconnaissance de l’IDRIS dans le milieu du calcul scientifique français a joué.

Comment avez-vous choisi cette « conversion » de la chimie à l’informatique ?

La transition du domaine de la chimie vers celui de l’informatique scientifique s’est faite naturellement. J’ai en effet suivi une formation très complète grâce à l’IDRIS, ce qui m’a permis non seulement d’apporter une aide précieuse à la communauté de chimistes, mais aussi pour tous les utilisateurs, quels que soient leurs horizons scientifiques. Cela s’est déroulé sur un fond de crise : le marché de l’emploi était frileux et je le voyais bien autour de moi. Certains de mes collègues sont même restés jusqu’à 2 ans et demi au chômage après leur thèse. Malgré cela, c’est après une très grande réflexion que j’ai accepté le CDD à l’IDRIS. Ce n’était pas aussi trivial que j’accepte le poste, car cela impliquait aussi un déménagement en région parisienne par exemple. Ce qui m’a décidé, c’est un peu « l’exclusivité » de ce poste, car en 3 ans de thèse, je n’avais jamais vu d’offre de la part d’un centre national de supercalculateurs. Même si les conditions « matérielles » n’étaient pas forcément à la hauteur de mes espérances (salaire, coût de la vie, etc.), je savais qu’avoir travaillé dans un tel centre serait un plus pour mon CV. Aujourd’hui, je suis très satisfait de ma situation chez ATOS-Bull.

Quelle est, selon vous, la valeur ajoutée du doctorat ?

Clairement, le doctorat m’a enseigné une méthode de travail dans la recherche scientifique en entreprise, ce qui m’a permis d’acquérir un esprit critique, flexible et ouvert. Et si ce n’est pour le travail de thèse en lui-même, cela m’aura servi pour la suite !

Quels conseils donneriez-vous aux docteurs qui voudraient postuler à un poste similaire au vôtre ?

Avoir un profil pluridisciplinaire est clé dans le domaine. J’entends souvent « il est plus facile d’apprendre l’informatique scientifique à quelqu’un qui a des compétences dans un autre domaine, que l’inverse ». Pour cet aspect, je ne peux que recommander les formations dispensées par l’IDRIS, qui sont d’ailleurs ouvertes aux doctorants, et gratuites dans le cadre du CNRS. Des opportunités d’emploi existent, notamment dans des sujets très novateurs, tel que l’ordinateur quantique.