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17/05/2018 A l'honneur

Jennifer Sengenès, chargée de projet chez PEP-Therapy

Jennifer Sengenès, docteur Sorbonne Université du programme doctoral Interface pour le vivant est chargée de projet chez PEP-Therapy. Elle participe au Forum Recrutement & carrières sur les métiers de la biologie qui aura lieu le 17 mai 2018. Nous l’avons rencontrée en amont de ce rendez-vous. Elle revient pour nous sur son parcours, son poste et nous livre quelques conseils avisés pour trouver un poste après un doctorat en biologie.

Jennifer Sengenès, quel est votre parcours ?

Ingénieur chimiste de l’école de chimie de Rennes en 2008, j’ai poursuivi en thèse en biologie moléculaire à Sorbonne Université. Au cours de mon doctorat, j’ai développé une méthode de séquençage de l’ADN pour mettre au point des outils de diagnostic du cancer. Il s’est déroulé à l’Institut de génomique du CEA à Evry et était supervisé par Jörg Tost. En parallèle de mon travail en laboratoire, j'ai commencé à m'intéresser aux "A côtés" de la science en participant aux Doctoriales ou au festival "Les chercheurs font leur cinéma" organisé par Doc'Up. J’ai soutenu ma thèse en mars 2012. A l’issue de ce projet doctoral, j’ai ensuite travaillé dans un cabinet de conseil en financement de l’innovation puis j’ai décidé d’acquérir une double compétence en management de l’innovation en suivant le master Management de la Technologie et de l'Innovation (MTI) à l’Université Paris Dauphine. A la fin de mon master, j'ai intégré deux start-up en parallèle : DiamLite et PEP-Therapy et, après un an, je suis passée à temps plein chez PEP-Therapy. 

Vous êtes chargée de projet chez PEP-Therapy, en quoi consiste votre travail au quotidien ?

PEP-Therapy a été créée en 2014 par 3 chercheurs de l’Institut Curie et d’une unité mixte INSERM – Sorbonne Université et un spécialiste du transfert de technologie. La société développe des peptides thérapeutiques contre certains cancers, notre premier produit ciblant principalement le cancer du sein.

En tant que chargée de projet, arrivée quasiment à la création de la société, je contribue à la stratégie et au développement de la société et de ses projets de R&D. Cela va de la mise au point du business plan au pilotage financier, à l’audit ou au montage de nouveaux projets, leur financement en réponse à des appels à projets, la recherche de partenaires académiques ou industriels, mais aussi l’établissement des documents contractuels et juridiques (accords de licence), la communication ou les fonctions support telles que les ressources humaines. Dans une petite structure, la polyvalence est de mise.

Notre premier produit entrera bientôt en clinique. Nous avons déjà levé 2,5 millions d'euros auprès d'un fonds d'amorçage et d'un business angel et obtenu plusieurs financements publics, notamment de l'Europe pour le développement d'un peptide thérapeutique contre un mélanome rare de l'oeil.  

Pourquoi et comment avez-vous choisi cette carrière ?

A l’issue de ma soutenance, il était clair que je ne souhaitais pas continuer à la paillasse sans vouloir quitter la R&D néanmoins. Mon projet professionnel a mûri progressivement grâce à des échanges avec des professionnels du secteur et pendant mon master. Dans l’environnement start-up, on apprend beaucoup et très vite. Le travail a un impact concret et immédiat et le métier évolue au fur et à mesure des jalons franchis par la société, c'est tout cela qui me plaît. Toute l’équipe a une vraie envie d’amener le produit le plus loin possible.

Quelle est selon vous, la valeur ajoutée du doctorat ?

Je ne pense pas que ce soit le sujet de thèse ni l'expertise technique pointue mais ce sont plutôt les compétences transverses que le docteur développe au cours des 3 ans de thèse qui font la valeur ajoutée du doctorat. Le doctorant travaille comme un ingénieur de R&D, il fait de la gestion de projet : il développe sa capacité à travailler en milieu interdisciplinaire - j'ai moi-même travaillé avec des bio-informaticiens par exemple -, il trouve les ressources, les experts qui pourront l'aider dans son projet, il est comme un chef d’orchestre. Il travaille en autonomie, développe son esprit d'analyse et de synthèse, acquiert une rigueur intellectuelle et expérimentale, il doit être adaptable, agile : savoir rebondir, réorienter un projet. Il gère également des personnes, en encadrant des techniciens ou des stagiaires. Il évolue parfois dans un contexte international, interculturel donc améliore sa maitrise de l'anglais.

Quelles sont les perspectives actuelles d’emploi pour les docteurs en biologie ?

En ce moment, il y a beaucoup de transactions impliquant des pharma et/ou des biotech, je suppose que ce dynamisme du secteur a un impact sur l'emploi et j'espère que cela crée des opportunités pour les docteurs. Au delà de la R&D en laboratoire, il y a beaucoup d’autres fonctions stratégiques, de pilotage ou de gestion où les docteurs peuvent être recrutés. Cela nécessite d’être curieux pour les identifier et parfois patient.

Quels conseils donneriez-vous aux docteurs en recherche d’emploi en biologie ?

Tout d’abord ne pas se focaliser sur son sujet de thèse mais sur les compétences transverses. Ensuite avoir conscience des différences entre la recherche académique et la recherche en industrie en termes de temporalité, d’enjeux de propriété intellectuelle. Par exemple, la recherche dans le privé suit la stratégie de l’entreprise, elle évolue avec elle, les plans de développement sont sans cesse challengés. Cela peut paraître trivial mais j'ai constaté lors de notre dernier processus de recrutement que les jeunes docteurs ne prennent pas du tout assez de recul par rapport à leur thèse. 

Autre conseil : lors d’un entretien, utiliser plutôt le champ lexical de l’innovation que de la recherche fondamentale, mettre en avant les objectifs, résultats et applicabilité de son projet plutôt que des termes ultra techniques. Echanger avec des professionnels du milieu aide à développer ce champ lexical mais aussi à affiner son propre projet professionnel. Il ne faut pas hésiter à solliciter des personnes pour connaître de nouveaux métiers et élargir son réseau.

Une dernière chose, le jeune docteur embauché en CDI par une entreprise, permet à celle-ci d’obtenir un crédit d'impôt recherche multiplié par deux pendant deux ans. C’est utile de le savoir lors d’un entretien. Cela peut être un argument supplémentaire à mettre en avant devant le recruteur.