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09/03/2017 A l'honneur

Joël Wallecan, ingénieur chez Cargill

Joël Wallecan, ingénieur chercheur depuis 13 ans chez Cargill a décidé de passer une thèse en VAE (Validation des acquis de l’expérience) et l’a soutenu en novembre 2015. Il nous explique son parcours.

 

Joël Wallecan, vous êtes docteur en physique et chimie des matériaux, sur quel sujet avez-vous travaillé ?

J’ai effectué ma thèse au LCMCP (Laboratoire Chimie de la Matière Condensée de Paris), sous la direction de Christian Bonhomme. J’ai travaillé sur la valorisation d’un co-produit de l’extraction d’un agent texturant à base de cellulose microfibrillé. Le produit de base était l’écorce de citron séché. Le produit dont est extraite la pectine est également riche en cellulose, hémicellulose et protéine. J’ai développé un procédé de défibrillations des parois végétales pour valoriser ce produit jusqu’à l’échelle « pilote » (c’est à dire pré-industriel). Chaque chapitre de ma thèse abordait un domaine spécifique, une question industrielle pour mon employeur : j’ai déposé 4-5 brevets à cette occasion et rédigé 4 articles. Un cinquième est en cours.

J’ai fait ma thèse en VAE c’est-à-dire en étant salarié. Je travaillais à mon projet doctoral dans mon entreprise en lien avec le laboratoire tout en continuant à gérer mon équipe et cela a duré pendant les 3 ans. En revanche, la bibliographie et la rédaction ont été faites pendant mes temps libres, le week-end. Pourquoi avoir choisi l’UPMC ? Pour sa renommée et celle du laboratoire de Christian Bonhomme. Deux collègues de Cargill m’avaient chaudement recommandé l’établissement ayant eux-mêmes effectué respectivement leur doctorat et post-doc  à cet endroit.

Quel poste occupez-vous actuellement chez Cargill ?

Actuellement, je suis directeur de recherche. Je gère une équipe de physico-chimistes et scientifiques en sciences des matériaux de 9 personnes. Notre équipe fait partie du département Ingrédients, Matériaux et Nutrition de Cargill.  Ce département lui-même appartient à la branche « recherche fondamentale » de l’entreprise qui est au plus loin du client, focalisée sur les évaluations technologiques, l’innovation technologique de pointe.

Cargill est un fournisseur d’ingrédients alimentaires. C’est une entreprise américaine qui compte près de 160 000 employés dans le monde. Nous produisons des sucres et texturants (sirop glucose, fructose, amidon, lécithine), de la poudre de cacao et chocolat et des matières grasses. L’évolution actuelle de la demande des consommateurs est de manger des aliments simples et reconnaissables. Nos clients tels que Nestlé, Danone, Lactalis, Unilever… demandent à Cargill des solutions dans ce sens.

Dans ce contexte, à la tête de mon équipe, j’ai un poste hybride qui combine sciences et management ou business. J’aime être à l’interface des deux domaines dont je fais la traduction et j’utilise mes compétences acquises lors de mon MBA obtenu aux Pays-Bas, également obtenu durant ma période chez Cargill.

Quelle est, selon vous, la valeur ajoutée du doctorat ?

Avoir fait un doctorat m’apporte plus de rigueur dans l’analyse de mes données et m’a permis d’élargir mon réseau scientifique car j’ai eu à collaborer avec différents laboratoires académiques. La recherche faite en entreprise, n’exploite pas tout en détail. Faire une thèse m’a permis de prendre du temps sur un sujet et de le travailler en profondeur, de comprendre les mécanismes. 

Quel est l’impact de votre thèse sur votre quotidien aujourd’hui ?

Je suis souvent en contact avec des clients, ce sont très souvent des chercheurs. Je représente Cargill, et mon doctorat augmente ma crédibilité. Le doctorat est très reconnu dans différents pays : en Allemagne, en Angleterre et aux USA. Le doctorat ouvre des portes peu accessibles sans thèse. Par ailleurs, d’un point de vue personnel, j’aimerais encadrer des thésards. En Belgique l’HDR n’est pas nécessaire mais il faut un doctorat.

Quels conseils donneriez-vous aux doctorants et docteurs qui voudraient postuler chez  Cargill ?

Ce qui manque chez les jeunes chercheurs ? La plupart du temps, nous rencontrons des docteurs pointus dans leur domaine mais qui ne savent pas bien communiquer ni valoriser leurs résultats face à des collègues non scientifiques. C’est dommage. Il y a de la frustration des deux côtés. Le concours Ma thèse en 180s est un exemple d’une initiative qui permet aux chercheurs d’apprendre à communiquer.

Parfois aussi, les jeunes scientifiques ont de la difficulté à « naviguer » dans la culture d’entreprise. Cet aspect là est sous évalué dans le domaine académique.  Aujourd’hui, dans n’importe quelle grande entreprise, on devient de plus en plus dépendant de ses collègues pour aboutir dans ses projets. Les thématiques de recherche deviennent de plus en plus complexes, le nombre de données et d’information augmente de façon exponentielle et la vitesse d’innovation augmente rapidement. Il devient difficile pour un chercheur de travailler en isolement et bien souvent il intègre une équipe projet composée de chercheurs venant de différentes disciplines. De plus, les membres d’un même projet sont souvent localisés dans différents endroits.  L’intégration au sein de l’entreprise, aussi bien au niveau relationnel que culturel, devient donc un élément essentiel.